Gatinais 2026 Reportage
Compte-rendu de la sortie Gâtinais – autour de Pithiviers
30 & 31 mai 2026
Samedi
Il fait déjà 24 °C lorsque nous nous retrouvons vers 8h30 sur l’aire de Lisses. Le temps de prendre un café, un petit déjeuner pour certains, et nous nous insérons fièrement dans le trafic autoroutier à 9h précises, livre de route en main de nos chères et indispensables copilotes.
Notre convoi est composé de 4 TR et tout le monde a, bien entendu, décapoté.
Nous quittons l’A6 dès la première sortie pour nous engager sur les petites départementales qui traversent le parc naturel régional du Gâtinais. Au cours de notre périple de 60 km en direction de Pithiviers, nous traversons un village au nom évocateur : Le Saut du Postillon.
Ce lieu-dit a été ainsi baptisé au XVIIe siècle. A cette époque, le roi Henri IV (1553-1610) multiplie les maîtresses un peu partout dans tout le royaume.
L'une d'elles est Catherine Henriette de Balzac d'Entragues, une marquise qui vit dans le Loiret. Pour s'y rendre, le roi fait souvent escale à Milly-la-Forêt.
Un jour, le postillon - en charge de conduire les calèches, de relais en relais, à coup de cris et de fouet - chute.
Depuis, le lieu de l'accident a pris le nom de « saut du postillon ».
Nous arrivons à Pithiviers en milieu de matinée pour une pause boisson et viennoiserie bien méritée.
La chaleur s’installe déjà et c’est tournée générale de crème solaire pour celles et ceux qui le souhaitent !
Le trajet reprend pour 40 km avec un court arrêt autour d’un sanctuaire gallo-romain situé à Pithiviers-le-Vieil, en plein cœur d’un lotissement pavillonnaire.
Une agréable surprise nous attend ensuite puisque Gilbert nous offre le champagne frais pour célébrer son anniversaire avec un peu d’avance. La pause à l’ombre de grands arbres est plaisante et propice au farniente mais il convient déjà de nous remettre en route, direction le restaurant.
Les places de parking étant rares dans le centre du bourg, la mairie a pris un arrêté municipal pour nous permettre de garer nos élégantes face à l’église.
Le déjeuner se déroule sous les parasols en terrasse mais certains auraient préféré se mettre au frais dans la salle climatisée. La nourriture est raffinée et nous découvrons comme il se doit les spécialités locales.
La cuisson du moelleux de pintade « à la Gâtinaise » (à base de bière et de miel) et, bien sûr, le fameux pithiviers fondant, revisité par ce restaurant bistronomique mentionné au Guide Michelin et agrémenté d’une succulente glace pistache.
Une légère brise se lève en fin de repas et le murmure d’une fontaine de jardin nous invite à faire la sieste.
Mais le château de Chamerolles nous attend et nous reprenons nos montures pour trois petits kilomètres.
Le thermomètre indique 34 °C à l’ombre et la chaleur devient accablante en plein soleil mais la bonne humeur persiste au sein de notre petite troupe.
Le temps d’immortaliser nos Triumph devant les grilles du château et nous nous lançons à son assaut.
Dès 1494, Lancelot du Lac se lance pour sa part aux côtés du Duc d’Orléans, futur Louis XII, dans les campagnes d’Italie.
Lorsque ce dernier accède au trône de France en 1498, Lancelot est nommé Gouverneur d’Auxerre et échanson du Roi, puis en 1504 il obtient la charge de Gouverneur d’Orléans et Chambellan du roi.
En 1515, François Ier succède à Louis XII et Lancelot du Lac, resté chambellan, devient bailli d’Orléans à la suite de Guillaume de Montmorency.
C’est à cette époque-là que le château de Chamerolles est entièrement reconstruit. Le parti architectural, avec son décor de briques rouges et noires, sa galerie italienne couverte, ses fenêtres à meneaux, sa tour octogonale…, s’inspire en partie de l’aile Louis XII du château de Blois, construite vers 1500 et bien connue de Lancelot Ier du Lac.
François Ier a fait, avec sa suite, trois séjours à Chamerolles, en 1530, 1532 et 1536, sur le trajet de Chambord à Fontainebleau.
La visite s’achève avec un magnifique « orgue à parfums » et une collection époustouflante de flacons en cristal et en verre ciselés aux noms aussi prestigieux que Dior.
Pas le temps de visiter les jardins du château, un bref passage par la boutique pour quelques souvenirs et nous rejoignons nos voitures où de l’eau, restée au frais dans la glacière, nous procure un effet revigorant des mieux venus.
Les 25 km qui nous séparent de l’arboretum des Grandes Bruyère se font au cœur de la forêt d’Orléans, à petite allure et cheveux au vent, coude à la portière.
Les routes forestières sont praticables mais titillent quelque peu nos amortisseurs tandis que les équipages apprécient la fraîcheur apportée par les ombrages de la forêt.
Seul un pilote décide de ne pas participer à la déambulation dans l’arboretum, tracassé par le moteur de sa TR qui ne tourne pas rond.
Après une vérification en règle des bougies, le scénario privilégié est celui d’un mauvais mélange entre du SP98 et du 95-E10 qui se ferait mal. Il s’avérera de retour au bercail que c’était en fait un injecteur qui ne donnait plus.
Cet arboretum est un parc de promenade dédié à la biodiversité du monde entier avec près de 7000 arbres réunis sur 14 hectares.
Ce conservatoire botanique et paysager compte sept collections classées. Certaines espèces sont rares, voire disparues dans leur pays d'origine.
La visite aurait été plus appréciable avec une canicule moins pesante et sans les attaques inévitables de moustiques indélicats mais certaines espèces d’arbres et de fleurs valaient vraiment le détour.
Nous reprenons nos voitures en direction du château de Chicamour, situé à 15 km, où nous établissons nos quartiers pour la nuit.
Les plus mordus de foot s’engouffrent, aussitôt arrivés, dans un salon qui nous a été réservé pour suivre la finale de Ligue des Champions PSG-Arsenal sur écran géant.
Les boissons rafraîchissantes tant espérées délectent nos gosiers assoiffés mais certains préfèrent se désaltérer en terrasse face au parc du château. D’autres enfin, récupèrent dans leur chambre avec un bon livre en main ou bien passent quelques coups de fils à leurs proches.
La bonne entente entre les convives se poursuit tout au long du dîner, malgré des prestations attendues pas forcément à la hauteur d’un établissement 3* et, notamment, un vin rouge servi trop chaud en début de repas, renvoyé illico presto dans sa cave.
Nous partageons même le verre de l’amitié avec un sympathique couple qui dînait à côté de notre table, avant de rejoindre nos chambres vers 22h30.
Dimanche
Le petit déjeuner du dimanche matin confirme l’impression décevante de la veille, avec un buffet trop frugal et une thermos de café - qui s’apparentait plutôt à du jus de chaussette - qui a dû être changée à plusieurs reprises en raison de la présence de marc résiduel.
Tout comme pour nos voitures, les fonds de réservoir sont rarement bons.
Nous sommes tous prêts à 8h30, moteur tournant, et prenons la route pour 40 km qui nous séparent de la ville médiévale de Yèvre-le-Châtel, nos deux équipages aînés s’étant montrés les seuls courageux pour décapoter !
Après un court détour non prévu au programme pour compléter les réservoirs en SP98, les petites routes de campagne, sans la moindre circulation et avec une vue très dégagée, offrent alors l’occasion à certains d’écraser franchement l’accélérateur pour laisser vrombir les moteurs et faire cabrer des chevaux qui n’attendaient que cette libération salvatrice.
Nous garons nos belles dans les douves au pied de la forteresse et la visite guidée débute à 9h30 comme prévu.
Nous avons la chance d’avoir la citadelle rien que pour nous et le climat est fort agréable en ce dimanche matin, la température ayant chuté d’une dizaine de degrés contrastant avec la fournaise de la veille.
Yèvre-le-Châtel est l'un des villages les plus titrés de France.
C'est le seul village du Loiret à être classé parmi "les Plus beaux villages de France" et l'un des deux seuls villages de France à être labellisés "Jardin remarquable".
La forteresse de Yèvre-le-Châtel et son village constituent l'un des principaux sites touristiques du Loiret.
Construite sous Philippe Auguste, au début du XIIIe siècle, elle s'élance, massive et imposante, derrière son castelet d'entrée et ses remparts. Le château a la forme d’un losange d’une trentaine de mètres de côté, flanqué de quatre tours saillantes.
Un chemin de ronde permet de circuler sur les courtines et, du haut des tours, on embrasse un vaste panorama sur la Beauce, le Gâtinais et les lisières de la forêt d'Orléans.
Des carrés botaniques présentant plus de 150 plantes aromatiques, médicinales et tinctoriales ont été créés dans la cour du château.
Après la visite de la forteresse, notre guide nous conduit en contrebas dans la basse cour pour découvrir ses belles maisons en pierre et son église Saint-Gault. Puis nous déambulons, au gré de ruelles fleuries de magnifiques roses grimpantes, jusqu’à l’église de Saint-Lubin.
Au XIIIe siècle, les habitants de Yèvre-le-Châtel obtiennent de l’évêque d’Orléans l’autorisation d’élever une église paroissiale dans le cimetière.
Mais, à la suite de l’intervention des moines de Saint-Benoit-sur-Loire, l’évêque revient sur sa décision et les travaux sont interrompus.
Les travaux sont repris après la guerre de Cent ans mais l’église n'est jamais achevée. En 1708, l’évêque autorise la vente des pierres et des matériaux tombés sur le sol, si bien que Saint-Lubin est à la fois inachevée et ruinée.
Les vestiges romantiques de cette église ont fait l’admiration, au XIXe siècle, de Victor Hugo.
Nous n’avons pas vu passer les deux heures de visite qu’il est déjà grand temps de rejoindre nos voitures.
Un dernier passage par la roseraie puis l’amanderaie et il ne nous reste plus qu’à remercier chaleureusement notre guide tant pour sa simplicité que sa pédagogie.
Le temps est devenu très agréable en cette fin de matinée et il convainc les deux derniers équipages de décapoter à leur tour.
C’est donc par une route étroite aussi pittoresque qu’improbable le long de l’Œuf – rivière qui devient l’Essonne après sa confluence avec la Rimarde – que nous parcourons les 12 km jusqu’au restaurant, alternant petits ponts au-dessus de l’eau et parties boisées qui lèchent nos carrosseries.
Le déjeuner dans un restaurant recommandé par les Toques du Loiret, installé dans l’ancienne caserne des pompiers de Pithiviers, est fin et copieux mais l’accumulation de libations commence à se faire sentir chez certains de nos convives…
Pour notre dernier périple, nous embarquons à 14h30 pour une aventure d’un autre temps sur l'ancienne voie ferrée reliant Pithiviers à Toury.
À bord d’une locomotive à vapeur classée monument historique, nous traversons 4 kilomètres de paysages bucoliques le long de la D22 jusqu’au bois de Bellebat, à la vitesse de 20 km/h environ.
Nous choisissons délibérément de nous installer dans la première voiture derrière la locomotive, de sorte à profiter pleinement de cet arôme envoutant - mélange de gaz de combustion du charbon et de vapeur - qui s’échappe par la cheminée dans un nuage blanchâtre.
Installés au wagon-bar pour une pause de 30 min, le temps des manœuvres de retournement et de réalimentation du train, nous sirotons tranquillement une boisson artisanale locale agrémentée d’un pithiviers maison.
Les 20 minutes que dure le trajet de retour dans ces voitures authentiques du début du XXe siècle, s’effectue au gré du dodelinement du train sur une voie étroite de seulement 60 cm de large, régulièrement ponctué par ces sifflements si emblématiques d’une autre époque.
Au retour, l’effectif se clairseme sans surprise pour l’ultime visite du Musée des Transports, la fatigue commençant à se faire logiquement sentir au sein du groupe.
Les plus passionnés de technique voient donc arriver notre guide, tout droit sorti de la Bête humaine, en bleu de travail taché de graisse jusque ce qu’il faut, béret vissé sur la tête et clope au bec.
Ancien cheminot conducteur de trains, il s’avère être un véritable puits de science ferroviaire, connaissant les numéros et séries de chacune des machines exposées, se montrant incollable sur les subtilités techniques qui les différentient et relatant avec moult détails l’histoire particulière de chacune d’elles, notamment leurs rôles au cours de la Première guerre mondiale ou bien de l’épopée industrielle et minière.
Nous nous quittons vers 17h, ravis de nous être retrouvés à l’occasion de ce week-end et enchantés par ces moments privilégiés passés tous ensemble grâce à une météo de circonstance.
Nous décidons pour les trois équipages qui remontent en région parisienne de rentrer groupés, en attendant avec impatience la prochaine sortie du club.
Pascal Mabire
